« TOUT OU RIEN », Léonie MARTIN

Léonie MARTIN

« Je veux à tout prix devenir une sainte, suivant mon extrême petitesse et vileté »

 Oui, Léonie est candidate à la sainteté ! N’est-ce pas une pure folie venant de l’espiègle qui a épuisé sa famille, l’indisciplinée qui s’est fait exclure du pensionnat, et la velléitaire qui a mis treize ans pour se stabiliser dans un monastère ?
Mais, parce qu’elle mise tout sur Jésus, rien ne la dissuade.

 Léonie naît à Alençon le 3 juin 1883, chez Monsieur et Madame Martin après deux fillettes, resplendissantes de vie : Marie et Pauline. Quel contraste avec ce bébé si frêle et fragile ; les maladies se succèdent : coqueluche, rougeole, convulsions… 

Durant plusieurs mois, sa vie est en danger et, pour compléter ce tableau, un eczéma purulent ravage son corps. Dans sa profonde détresse, Zélie écrit à sa sœur, visitandine. Celle-ci commence une neuvaine à sainte Marguerite-Marie du monastère de Paray-le-Monial, Et… voilà que le bébé guérit ! Néanmoins, la fillette gardera toute sa vie des séquelles de ses maladies.

Léonie est par ailleurs une enfant difficile, toujours en opposition avec ses parents. Sa Maman écrit que sa fille « est la plus grande souffrance de sa vie ». Déjà fragile et instable, voilà que l’enfant devient le souffre douleur d’une servante à l’insu de la famille. Léonie reconnaîtra plus tard, avoir eu « une enfance détestable » ! Seule, sa tante visitandine garde espoir et sera bon prophète en écrivant un jour : « C’est une enfant difficile… mais je crois qu’ensuite elle vaudra autant que ses sœurs. Elle a un cœur d’or et, si son intelligence est lente, je lui trouve bon jugement. » Elle ajoute : « Je la vois très bien en petite visitandine ! » A 14 ans, à l’annonce par Léonie de son souhait d’être une vraie religieuse, et même une sainte, Zélie est stupéfaite : « Mais où va-t-elle chercher ces idées-là ? « Je ne sais pas ce que je dois penser de tout cela, car la pauvre enfant est couverte de défauts comme d’un manteau. On ne sait par où la prendre. Mais le Bon Dieu est si miséricordieux que j’ai toujours espéré et espère encore ». Oui, la miséricorde de Dieu fait des merveilles en ceux qui savent l’accueillir !

En attendant, les épreuves se succèdent dans la famille : Hélène, née un an après Léonie, meurt à 5 ans. Elle était sa sœur la plus proche en âge …Deux petits garçons, tant désirés, vivent à peine une année, puis une petite fille ne vit que quelques mois. Madame Martin, épuisée par ses nombreuses maternités, son travail de dentellière, est en plus rongée par un cancer. Elle meurt le 28 août 1877. Monsieur Martin, bien que très attaché à Alençon, va déménager et s’établir à Lisieux afin d’être plus proche de sa belle-sœur et de son beau-frère, Monsieur et Madame Guérin. Aux Buissonnets des années paisibles vont s’écouler Léonie, assagie déploie toutes les délicatesses de son cœur pour entourer ses sœurs et son papa : ce dernier ne dira t-il pas en parlant de sa fille : « Ma bonne Léonie ! 

Entre 1882 et 1888 ses trois sœurs Pauline, Marie et Thérèse entrent au carmel. Léonie épaule Céline pour s’occuper de leur père, atteint d’une maladie dégénérative. Pour faciliter les visites à l’hôpital psychiatrique, les deux sœurs s’installent pour plusieurs mois à proximité de l’hôpital et Léonie prend contact avec le monastère de la Visitation tout proche Céline peut malicieusement écrire : « Dès que Léonie est libre, elle s’en va prier à la chapelle de la Visitation ! »

Ce n’est pas sans de nombreuses difficultés qu’elle restera définitivement au monastère ! Après un premier essai chez les Clarisses d’Alençon, essai qui tourne court, Léonie franchit le seuil de la Visitation de Caen le 16 juillet 1887 et en sort… le 6 janvier. ..Instabilité, incompréhension ? une question de santé ?  L’eczéma purulent revient fréquemment d’où des nuits sans sommeil et de violents maux de tête. Comment tenir ? Elle retourne au monastère en 1893 et prend l’habit le 6 avril 1894. C’est pendant ce séjour que meurt son père, le29 juillet 1894. Un an plus tard, Léonie quitte à nouveau le monastère …Mais Dieu, qui sait ce qui est nécessaire à chacun, creuse peut-être en elle cette humilité qui jaillira bientôt en une confiance indéfectible La voilà de nouveau dans le monde. Seule, puisque Céline est entrée au Carmel. Léonie souffre vivement de ce nouvel échec mais l’affection (et les prières) des siens l’ont aidée à réagir. Son oncle et sa tante l’accueillent avec une grande bonté, mais la jeune fille souffre de l’atmosphère mondaine qui règne chez les Guérin. Elle retourne au monastère en 1899 et…y est restera pour toujours ! Non seulement de son vivant mais elle y est toujours, puisque sa tombe se trouve dans la chapelle du monastère !

. Peu avant sa profession religieuse, elle manifeste à ses trois sœurs carmélites son ardent désir de plaire au Christ : « Je vous assure que je ne me donnerai pas à Jésus à moitié. Tout ou rien ! J’aimerais mieux ne pas faire profession s’il en était autrement. » Le caractère entier de Léonie transparaît dans cette résolution jusqu’au-boutiste. Elle refuse la tiédeur. Son engagement est inconditionnel. Léonie s’explique : « Je cherche à vous imiter mes petites sœurs, mais hélas pauvre rien que je suis, je ne puis y arriver. Et pourtant, noblesse oblige, je suis de la famille des saints, il ne faut pas que je fasse tache ! ». À cette date, ni Thérèse, ni Louis et Zélie ne sont canonisés par l’Église, mais Léonie pressent déjà qu’ils sont au Ciel.

L’imperfection, chemin de sainteté

La sainteté serait-elle incompatible avec nos fragilités, nos chutes et nos limites ? Très tôt, Léonie est intuitivement persuadée du contraire. Elle comprend que sainteté ne rime pas avec perfection. C’est Dieu qui seul peut accomplir en elle la sainteté qu’elle désire tant. Dieu est notre sainteté et il nous demande une seule chose : Le désirer.

Le témoignage de Léonie nous rappelle que la sainteté n’est pas réservée à une élite. Avec foi, elle implore des saints, tout spécialement l’intercession de Marguerite-Marie Alacoque, à laquelle elle attribue le « miracle » de sa guérison d’enfance.

Souvent, Léonie se recommande avec insistance à la prière de ses proches. À son oncle Isidore Guérin, elle demande : « Priez bien pour moi, mon cher oncle, pour que je devienne une sainte, j’ai juste assez d’esprit pour cela, notre bonne Mère me l’a dit ». À ses sœurs carmélites, elle ajoute : « Je me recommande à vos prières, mes petites sœurs car je veux devenir une sainte. Cette pensée me revient souvent et me ranime : Ne dégénérons pas, nous foulons la terre des saints ».

En 1897, Léonie reçoit de Thérèse un testament spirituel l’encourageant sur le chemin de la sainteté : « Si tu veux être une sainte, cela te sera facile, puisqu’au fond de ton cœur, le monde n’est rien pour toi. Tu peux donc comme nous t’occuper de l’Unique chose nécessaire, c’est-à dire que tout en te livrant avec dévouement aux œuvres extérieures, ton but soit unique : Faire plaisir à Jésus, t’unir plus intimement à Lui. […] Tu veux qu’au Ciel je prie pour toi le Sacré Cœur, sois sûre que je n’oublierai pas de Lui faire tes commissions et de réclamer tout ce
qui te sera nécessaire pour devenir une grande Sainte ».

Aujourd’hui, demandons à Léonie de faire naître ou grandir en nous le désir de sainteté. Ne laissons pas nos agendas saturés l’étouffer. Et, dans l’ordinaire de nos vies, mettons-nous
en marche vers Dieu qui nous appelle !